Depuis la fin de l'USAID, les États-Unis ont développé une nouvelle stratégie sanitaire en Afrique basée sur des accords bilatéraux. Washington finance désormais directement les politiques de santé publique africaines, mais cette approche fait l'objet de critiques croissantes sur son caractère inéquitable.
Multiplication des accords sanitaires bilatéraux
Les États-Unis ont considérablement intensifié leurs partenariats sanitaires directs avec les pays africains depuis la réorganisation de leur aide au développement. Ces nouveaux accords remplacent progressivement l'ancien système multilatéral de l'USAID par des négociations pays par pays. Cette approche permet à Washington d'adapter ses conditions selon les besoins spécifiques de chaque nation, tout en maintenant un contrôle direct sur l'utilisation des fonds alloués.
Accès privilégié aux données et échantillons
En contrepartie de leur financement, les États-Unis exigent un accès étendu aux données de santé publique et aux échantillons d'agents pathogènes collectés par leurs partenaires africains. Cette clause, présente dans la plupart des nouveaux accords, concerne notamment les informations épidémiologiques, les données génomiques et les échantillons biologiques stratégiques. Les autorités américaines justifient ces exigences par la nécessité de surveiller les menaces sanitaires mondiales et d'améliorer la recherche médicale internationale.
Absence de garanties sur le partage des bénéfices
Selon le commentateur zimbabwéen Tafi Mhaka dans une analyse pour Al-Jazeera, ces accords ne prévoient aucune garantie de partage équitable des bénéfices issus de l'exploitation de ces données et échantillons. Les pays africains fournissent les ressources biologiques et informationnelles, mais ne bénéficient pas nécessairement des innovations médicales ou des profits commerciaux qui pourraient en découler. Cette asymétrie reproduit selon lui les schémas de l'exploitation coloniale dans le domaine biomédical.
Enjeux géopolitiques de la santé mondiale
Cette stratégie américaine s'inscrit dans une concurrence géopolitique croissante pour l'influence en Afrique, notamment face à la Chine qui développe ses propres partenariats sanitaires sur le continent. Les accords biomédicaux deviennent ainsi des instruments de soft power, permettant aux grandes puissances d'accéder à des ressources stratégiques tout en renforçant leur présence dans des régions clés. Cette évolution soulève des questions sur la souveraineté sanitaire des pays africains et leur capacité à négocier des partenariats véritablement équitables.