Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte militaire du Burkina Faso depuis septembre 2022, a appelé les Burkinabés à « oublier la démocratie ». Cette déclaration intervient alors que son régime vient d'adopter une charte l'autorisant à se présenter aux futures élections présidentielles, législatives et municipales.
Déclaration polémique du chef de la junte
Lors d'une allocution publique, Ibrahim Traoré a exhorté la population burkinabé à tourner le dos au système démocratique. Cette sortie marque un durcissement du discours du militaire de 36 ans, arrivé au pouvoir par un coup d'État il y a un an et demi. Le capitaine justifie cette position par la nécessité de répondre aux défis sécuritaires que traverse le pays, confronté aux attaques de groupes armés terroristes depuis plusieurs années.
Une charte qui ouvre la voie à sa candidature
La junte actuelle a formalisé l'adoption d'une nouvelle charte constitutionnelle qui autorise explicitement Ibrahim Traoré à briguer les mandats électifs. Ce texte lui permet de se porter candidat aux élections présidentielles, législatives et municipales à venir. Cette disposition constitue une rupture avec les engagements initiaux de transition démocratique pris lors de la prise de pouvoir en septembre 2022.
Contexte sécuritaire et politique au Sahel
Le Burkina Faso traverse une crise sécuritaire majeure depuis 2015, avec des attaques régulières de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique. Cette instabilité a conduit à deux coups d'État successifs en 2022, d'abord en janvier puis en septembre avec l'arrivée de Traoré. Le pays fait partie de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Niger, également dirigés par des juntes militaires depuis leurs coups d'État respectifs.
Réactions et perspectives
Cette évolution autoritaire suscite des inquiétudes au niveau régional et international. Le Burkina Faso s'éloigne progressivement de ses partenaires occidentaux traditionnels, notamment la France, tout en se rapprochant de la Russie. La position de Traoré reflète une tendance observée dans plusieurs pays du Sahel où les militaires au pouvoir prolongent leur mandat au-delà des transitions initialement prévues. Les prochaines échéances électorales, dont les dates restent à préciser, constitueront un test décisif pour l'avenir politique du pays.